Marseille, sa mode, son musée... Richoux Sylvie, Conservateur et directrice du Musée de la Mode de Marseille / Thomass Chantal, Créatrice

Le lien qu’entretient Chantal Thomass avec le Musée de la Mode de Marseille n’est pas seulement un lien privilégié. Il relève de l’attention et de l’intimité. C’est dans ce musée que la pionnière des “dessous dessus” a organisé, en 2001, sa première grande exposition monographique, “Plaisirs de Femmes”. Quelques années auparavant, en 1995, consciente de la richesse des témoignages qui y étaient conservés, elle lui avait fait don d’une quarantaine de ses plus belles créations. Elle en est aujourd’hui l’une des plus prestigieuses ambassadrices, selon Sylvie Richoux, conservateur et directrice du Musée de la Mode.

Chantal Thomass, la Création au quotidien

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Lorsqu’en 2001, Sylvie Richoux, conservateur du Musée de la Mode de Marseille, contacta Chantal Thomass pour lui proposer ’organiser
une exposition, la créatrice au carré noir et au rouge à lèvres légendaires n’hésita pas. Exposer dans ce nouveau lieu de mode marseillais ne se refusait pas.  L’exposition triompha…
De la présentation de ses créations au Musée de la Mode de Marseille, Chantal Thomass garde le souvenir d’une expérience privilégiée. Le lieu, conçu spécialement et avec un infini talent par l’architecte Wilmotte pour accueillir des produits de mode s’y prêtait remarquablement. La scénographie en avait été confiée à Bob Verhelst. Travailler avec lui fut passionnant. Quant aux créations qui la composèrent, il y en eut près de 200 tenues de ville et sous-vêtements des années 70 à l’aube du XXIe siècle, période fortement marquée en termes de créativité.
« Cette mode, en particulier celle des années 70/80, fut d’une richesse et d’une originalité extraordinaires, souligne Chantal Thomass. J’ai eu la chance de “grandir” à ce moment-là. Les créateurs avaient le temps, alors, de se construire et de faire démarrer leur entreprise doucement – ce qui n’est plus le cas à présent où la mode est régie par le marketing et la finance. Ils pouvaient se faire plaisir, s’exprimer librement à travers leurs vêtements. Les pièces que j’ai exposées au Musée de la Mode évoquaient cette époque. »
Et puis, le Musée se trouvait à Marseille, et Marseille a toujours eu les faveurs de la créatrice.
« J’aime la Provence. J’ai eu l’occasion d’y travailler il y a quelques années auprès de la marque Souleiado. Puis le Musée et l’Institut Mode Méditerranée ont été créés, attirant à Marseille les plus grands noms de la mode et de beaux événements. Grâce au dynamisme généré par leur complémentarité, ces deux structures ont réussi à faire venir la mode à Marseille. Mieux, à faire de Marseille une ville de mode reconnue en France et à l’étranger. »
Rien d’étonnant, donc, lorsque Chantal Thomass, licenciée brutalement par les Japonais en 1995, fit don, pour les préserver, d’une cinquantaine de ses plus belles pièces au Musée marseillais.
« J’étais très préoccupée par mes archives, que les Japonais risquaient de détruire et lorsque j’ai dû trouver un lieu où les mettre en sécurité, le Musée de la Mode, via sa fondatrice, Maryline Bellieud-Vigouroux, a réagi immédiatement. Le lendemain un camion venait les chercher. »

Et quid de ces archives au Musée ?

Elles y seront exposées prochainement dans le cadre du deuxième volet de l’exposition actuelle, qui rend hommage aux donateurs.
« J’en suis ravie, commente Chantal Thomass. J’ai vu la première partie de cette exposition, consacrée aux donateurs privés, et l’ai trouvée superbe. Les pièces qui la composent sont non seulement d’une rare qualité, elles nous entraînent aussi dans l’intimité des femmes qui les ont portées. On y voit la manière dont ces femmes constituaient leur garde-robe ou faisaient leurs bagages lorsqu’elles partaient en croisière avec leurs riches maris. Je trouve aussi formidable et très généreux de la part des familles de s’être séparées de ces pièces magnifiques pour en faire don au Musée. »
Touchée par le passé mais tournée vers l’avenir, Chantal Thomass poursuit aujourd’hui son travail de création.
Ses prochaines collections de lingerie s’inspireront des années 50. Ses jupes seront très chics, droites et serrées aux genoux. Elles se porteront avec des talons hauts et des bas ou collants de dentelle.
La créatrice a également signé une salle de bains de luxe, exposée en septembre au Yacht Show de Monaco. Et elle caresse le projet de créer un nouveau parfum, dont la sortie est prévue en avril/mai prochain. La création fait assurément partie de son quotidien.

Quatre questions à Sylvie Richoux

Quelle est la particularité du Musée de la Mode de Marseille et la clé de son succès ?

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Le Musée de la Mode n’est pas un établissement commun. L’espace dont il dispose en fait un lieu à la fois performant et humain, où l’on se sent bien et où peuvent être présentées des expositions complémentaires des deux grands Musées de mode parisiens. Des expositions abordant tantôt des sujets originaux tels que “L’homme-objet : la mode masculine de 1945 à nos jours” (1996), “Talons et chaussures” (1997), “L’art au corps, la mode au corps” (1996), tantôt des thèmes axés sur la mode méditerranéenne, tels que “Corps drapés autour de la Méditerranée” (1994), ou présentant de grands noms de la mode, Yves Saint-Laurent (1993), Paco Rabanne (1995), Christian Lacroix (1995-1996), Chantal Thomass (2001)… avec une réelle proximité. C’est grâce à cette proximité que des personnalités de l’envergure de Chantal Thomass y sont associées et que les expositions qu’il propose remportent un réel succès.

Quel souvenir gardez-vous de l’exposition “Plaisir de Femmes”, de Chantal Thomass ?

Ce fut une exposition extraordinaire, de 200 pièces magnifiques, robes de satin, de crêpe plissé ou de mousseline de soie peinte à la main, robes-combinaisons, mini-robes et mini-jupes imprimées si typiques des années 70, maillots de bains à volants, robes foulards imprimées façon peau de bêtes, robes sarouel ou robes poncho de soie façonnée avec application de plumes, etc. Des pièces d’une esthétique toujours renouvelée mais à l’allure et l’élégance constantes. Le succès de cette exposition, ou plutôt de cette rencontre avec Chantal Thomass, ne se fit d’ailleurs pas attendre. Ce fut une réussite complète, aboutie.

Chantal Thomass a fait don au Musée d’une quarantaine de ses créations, comptez-vous les présenter lors d’une prochaine exposition ?

Ces créations feront partie du deuxième volet de l’exposition présentée actuellement au Musée de la Mode et consacrée aux donateurs. Le premier volet rend hommage aux donateurs privés, le second sera dédié aux créateurs. Et le succès de cette deuxième partie d’exposition semble assuré, tant les demandes de nos visiteurs concernant Chantal Thomass ont été nombreuses.

Chantal Thomass vient-elle souvent au Musée?
 
Elle y vient régulièrement, ne rate aucune exposition. Elle lui est d’une grande fidélité et ne manque jamais une occasion de le valoriser. Lorsqu’elle vient, en outre, Chantal Thomass prend toujours un moment pour échanger avec l’équipe du Musée. Elle nous parle de ses projets, nous donne des idées, toujours opportunes. C’est une grande professionnelle, qui a une excellente connaissance des métiers de la mode et de leurs techniques. Son avis nous est précieux.

(texte) Pascale Meunier (photo) Stéphane Degros

Richoux Sylvie Conservateur et directrice du Musée de la Mode de Marseille

Thomass Chantal Créatrice

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